Quelles sont les différentes formes de violences ?

Lorsque j’abordes le sujet de la violence dans mes conférences ou que j’interroge mon entourage, je m’aperçois que ce sont les coups et les agressions sexuelles suivies de près par la violence morale qui sont cités spontanément par mes interlocuteur.

Hors, il existe d’autres formes de violences qui bien souvent ne sont pas identifiées comme telles. De plus en plus présentes sur nos écrans au travers des journaux TV, des reportages et émissions grand public, des films et séries, et des jeux vidéo dont nos jeunes adolescents sont si friands, elles se nichent dans chaque recoin de notre vie. La violence n’épargne pas notre intimité, s’invitant au sein même de nos familles, de notre couple ou sur notre lieu de travail. L’avènement des réseaux sociaux et l’effacement progressif de la vie privée à accéléré son développement transformant la moindre connexion en cauchemars à l’issue parfois fatale.

 Certaines violences finissent pas être si banalisées que de s’en plaindre —comme les mains baladeuses dans les transports en commun ou les allusions graveleuses du lourding du service compta— est considéré comme une pichenette à négliger !

Voici un aperçu des différentes violences exercées très souvent dans le secret du huit clos dans les sphères privée et professionnelle. Toutes ont en commun : l’atteinte de l’estime de soi, de la confiance en soi et en la vie des hommes et des femmes qui en sont les victimes.

La violence physique

Elle est dirigée vers un individu qui sera victime, par exemple, de pincements, de tapes sur la tête, de gifles, de morsures, de coups de pieds, on lui tirera les cheveux, on la poussera, on tentera de l’étrangler. La séquestration et la tentative de meurtre sont classées ici.La violence physique ce sont aussi des objets lancés sur l’individu dans le but de le blesser.

La violence verbale

Elle se susurre, se crie, et se hurle. Ici le ton à toute son importance. Insultes, injures, critiques, jugement, comparaison, ordres, se suivent pour intimider, faire peur, asservir, humilier, contrôler, culpabiliser, faire honte.La violence verbale a une grande amplitude. On peut être extrêmement plus violent avec les mots du quotidien qu’avec l’emploi d’un langage cru ce qui peut rendre sa détection peu évidente.Par exemple : je ne sais pas comment tu t’y prends pour être aussi stupide. Tu es très douée ! Cela impressionne nos amis ? N’est-ce pas ? Dit avec un grand sourire en plein diner.

La violence sexuelle

Sur www.grainesdepaix.org, la violence sexuelle est définie ainsi : « les violences sexuelles consistent à obliger une personne à subir, accomplir ou à être confrontée à des actes sexuels sans son libre consentement. Selon la loi, elles constituent des délits ou des crimes ».Quatre millions de Français se disent victimes d’inceste selon un sondage Harris Interractive. Agression sexuelle, viol, exhibitionnisme, confidences reçues de façon répétées à caractères sexuelles, photographies érotiques ou pornographiques,  sont les plus citées.

Parmi les violences sexuelles on peut relever : le viol par un individu connu ou non, le viol dans le couple, la contrainte à adopter des comportements sexuels dangereux, dégradants ou blessants. Le dénigrement et la moquerie en cas de refus d’une pratique inhabituelle, le non port de préservatif exposant à une maladie ou une grossesse non désirée.

La violence psychologique

La violence psychologique est une violence relativement difficile à déceler pour la l’homme ou la femme qui la subit car elle fait appel au langage du corps, celui des émotions, autant qu’à celui des mots. Elle se manifeste sous la forme d’attitudes et comportements visant à maintenir l’Autre dans une position d’infériorité, de soumission. Infantilisation, contrôle, mise en doute de des compétences, des talents, des valeurs, des savoir être, savoir vivre, savoir faire, dénigrement, humiliations, rabaissements, chantage, report de responsabilité (à cause de toi, je….), jalousie, mépris, culpabilisation, manipulation, chantage, emprise, mutisme, déni de l’Autre, surveillance, exigences excessives, sarcasme, ordres et contre-ordre, humour malsain, menaces sont un échantillon de ce qui peut être employé pour détruire l’Autre qu’il s’agisse d’un proche ou non.
A cela rajoutons : menaces de se suicider (rarement actées), menaces avec armes, menaces de tuer l’animal de compagnie, de tuer les enfants, ou de tuer la victime de ses exactions.

Bien souvent indécelable à qui n’en n’a pas fait l’expérience préalable ou s’est documenté sérieusement sur le sujet,  la violence psychologique est exercée très subtilement exclusivement à huit clos (pas de témoins, pas de preuves !). La diffusant à dose homéopathique dans un premier temps, le persécuteur qui adore se faire passer pour la victime, accélère le tempo après avoir pris grand soin d’isoler familialement, socialement et/ou professionnellement sa/son partenaire.

La violence matérielle

C’est un petit « jeu » auquel se prêtent volontiers certains individus pernicieux. Il s’agit de faire « disparaître » les biens précieux au cœur de l’Autre : album photos des enfants, souvenirs de fête des mères/pères, cadeaux, petits trésors ramenés de vacances, mobilier de famille… Un cran au-dessus, ils éprouvent un plaisir certain à détériorer voire détruire des biens ayant une valeur pécuniaire importante : pneus crevés, essuie glace arrachés, rayures intentionnelles sur le véhicule, vêtements découpés en confettis, dégâts des eaux intentionnel dans le logement, coups de marteaux dans les murs, par exemple.

La violence administrative

La plus courant est la confiscation des papiers d’identité : CNI, passeport, livret de famille, permis de conduire, titre de séjour.

Les documents relatifs à la santé sont mis hors de portée : carte Vitale, carte de mutuelle, carnet de santé, résultats d’examens médicaux, ordonnances.

Substitution et/ou destruction de documents essentiels : actes de propriété, quittances de loyers, bulletins de salaires, avis d’imposition, attestation d’assurance…

La violence sociale

En isolant un individu vous avez tous pouvoir sur lui. Privée de son réseau familial, amical, associatif, professionnel, la victime n’a plus personne sur qui compter en cas de coup dur. Fuir, pour se protéger, sans point de chute est quasi impossible. Encore plus s’il y a des enfants dans l’équation.

La violence sociale débute avec le dénigrement de l’entourage proche et/professionnel, ce qui va  induire le doute et la méfiance envers eux. Petit à petit s‘ajoutent : jalousies, vives critiques sur les motifs de sortie, interdiction de travailler, de fréquenter telle ou telle personne, d’apprendre la langue du pays d’accueil par exemple. Mais cela peut parfaitement arriver à une mère de famille dont le conjoint manipulateur est arrivé à lui faire cesser son activité professionnelle pour s’occuper d’un enfant en la culpabilisant sur son rôle de mère, la maintenant ainsi isolée à la maison.

La violence économique

La violence économique se manifeste sous plusieurs formes :

  • Elle peut consister à empêcher une personne d’accéder à l’autonomie financière (infantilisation, dénigrement systématique de son emploi ou de ses horaires par exemple)
  • L’un estime que ses revenus suffisent à subvenir aux besoins du couple et interdit à l’autre de travailler en avançant pléthore de raisons logiques en apparence. Par exemple il est idiot de travailler et de confier un enfant à une nourrice.
  • Hyper contrôle de toutes les dépenses faites par la victime, même les personnelles, même celles réalisées avec ses propres deniers.
  • Endettement solidaire sous forme du cumul de prêts à la consommation sans en avertir son/sa partenaire
  • Rétention de tous les moyens de paiement. Chaque dépense doit être justifiée et validée au préalable selon le bon vouloir du détenteur de l’argent.
  • Dépenses faramineuses engageant les ressources du couple aux jeux (loteries, paris) pour la consommation de drogue, d’alcool, de biens superflus.

La violence spirituelle ou religieuse

Moins connue, la violence spirituelle/religieuse consiste à

  • Empêcher l’autre personne d’exprimer et de vivre ses croyances religieuses librement et/ou de fréquenter un lieu de culte.
  • Discréditer ses croyances, ses traditions et sa culture.
  • Utiliser certaines la religion ou la spiritualité en le manipulant dans l’intention de l’asservir (contrôle, pouvoir) ou de créer une dette d’honneur.

La violence médicale

C’est une violence dont on parle très peu car la victime a peu d’ouverture sur l’extérieur et de possibilités de se plaindre de ce qu’elle vit :

  • Manque ou refus de soins au sein même de la famille ou du couple.
  • Non respect de la personne malade : gestes brusques, violation de l’intimité, de la pudeur, critiques, jugements, comparaisons, culpabilisation.
  • Non prise en compte de ses demandes pour un mieux être.
  • Refus de prendre en considération ses choix de professionnel de santé, refus du choix de traitement.
  • Prise de pouvoir, sentiment de supériorité : défaut d’information sur les actes pratiqués par exemple ou acte imposés par surprise.

La négligence

Elle est caractérisée par le défaut de soin d’un parent pour son enfant quel que soit son âge. Il ne veille pas à son développement affectif, son éducation, à le nourrir comme il convient pour qu’il soit en bonne santé. Il ne s’agit pas ici de pauvreté, mais bien d’une réelle volonté ou incapacité à protéger et élever son enfant dans un milieu aimant et sécurisant.

Le harcèlement

Il s’exerce aussi bien dans la sphère privée que professionnelle et scolaire. Les élèves entre eux sont durs et ne mesurent pas toujours la portée leurs actes et l’effet boule de neige produit. Il arrive aussi que des enseignants dépassent les limites, ce dont parle très peu, les parents hésitant à se plaindre craignant des représailles pour leur enfant au sein de l’établissement scolaire[3]. Moqueries devant les autres élèves, manque d’empathie, de discernement, prise de pouvoir, punitions injustifiées, notation anormalement sévère, pression, sont relatées. Chaque année des élèves changent d’école ou sont déscolarisés par des parents désarmés devant la phobie scolaire de leur enfant. 

Le harcèlement moral, cumul d’agissements malveillants envers quelqu’un de façon délibérée, répétée et préméditée se décline en moqueries, insultes, mise au placard, propagation de rumeurs, vols, dégradation/destruction de biens, menaces, courriers anonymes, délation, filatures, mise en ligne de photos compromettantes, etc… Il est responsable de 28 % des blocages de carrière[4].

Sous sa forme sexuelle, le harcèlement sur son lieu de travail, concerne une femme sur cinq [5]. 30 % d’entre-elles n’en parleront jamais préférant garder le silence pour et garder leur emploi.

Catherine Mazerand

Numéros utiles

N’oubliez jamais que déposer plainte est un droit qui ne peut vous être opposé. Ne restez pas seul.e si vous êtes concerné.e. Des solutions existent pour vous accompagner et vous protéger.

Urgence, il faut privilégier le 15 (SAMU), le 17 (police-gendarmerie), le 18 (sapeurs-pompiers) ou le 112 (numéro d’urgences européen).

39-19 numéro d’écoute gratuit accessible de 9 heures à 19 heures, du lundi au samedi.

https://arretonslesviolences.gouv.fr/ tchat sécurisé mis en place par le gouvernement accessible 24/24 et 7/7

119 – 24/24 et 7/7 pour les enfants en danger. Un formulaire en ligne permet aussi d’alerter sur une situation dont vous seriez le témoin.

114 pour les victimes de violences intrafamiliales. Elles peuvent donner l’alerte via un SMS. accessible 24/24 et 7/7.


[1] En 2017 l’UNESCO recense 246 millions d’enfants et d’adolescents victimes de cyber-harcèlement dans le monde

[2] L’Express le 16 décembre 2015.

[3] http://www.ufapec.be/nos-analyses/2518-harcelement-par-prof-cadre-legal.html

[4] et 3 Source : justifit.fr – Marine Gautier – article du 17/07/2020